Contrairement à un préjugé courant, il ne suffit pas de discuter pour philosopher, aussi noble soit le sujet : la vie, l’amour, la mort ou la liberté... Il s’agirait plutôt là d’un échange d’opinions ou de doctrines. En quoi consiste donc un travail philosophique ? Quelles en sont les conditions ? Nous souhaitons offrir au praticien peu expérimenté quelques repères utiles afin d’assurer un minimum de l’exigence qui convient à la pratique philosophique, à travers divers petits exercices qui composeront un atelier reproductible en classe ou avec des adultes. Nous travaillerons d’une part sur le problème des attitudes requises : l’ignorance acquise, l’étonnement, l’authenticité, la confrontation, la sympathie, la distanciation, la décentration... D’autre part sur celui des diverses compétences : approfondir (analyser, synthétiser, donner des exemples, argumenter, expliquer, chercher les présupposés), problématiser et conceptualiser.
Philosopher devient ici à la fois un travail sur soi et sur sa propre parole, ainsi que sur celle des autres. Il s’agit là d’une expérience singulière et collective de pensée, « penser l’impensable », et non le déballage de « ce que nous avons sur le cœur », pour répéter ce que nous entendons ou rabâchons déjà tous les jours. Philosopher n’est pas un exercice d’expression orale : il faut surtout apprendre à taire le brouhaha ambiant.